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15 novembre 2014 6 15 /11 /novembre /2014 21:39

Ah… vous êtes seule, au bord de cette falaise hallucinante qui vous tend les bras, seul comme au début du monde, ou à la fin, seule comme une commette -sauf que sensible, consciente-, seul autant qu’on peut l’être lorsque les autres ont tourné le dos, non par dépit, non par mépris, mais par pure inconscience, occupé de leur vie à eux, de leur vie à deux, de leur film du soir, seule avec votre fin du monde et les bras mille fois blessés qui pendent à vos côtés, dans les extrêmes ultimes de cette solitude qui vous pendait au nez, ah on vous l’avait bien dit… - non, on avait dit quoi ? Car ce qu’on avait dit n’a pas le moindre impact alors que votre commette, elle, s’apprête à enfoncer son nez supersonique dans les entrailles rocheuses de la terre, et finalement oui, c’est cette dernière image qui vous sauve, les entrailles rocheuses de la terre, qui viennent accueillir dans leur lit sauvage et dur votre corps mutilé, votre corps oublié, celui dont si doucement vous aviez pris tant de soin, celui à qui vous avez donné la douceur, l’extase, la consolation et le droit à l’oubli, votre corps se réfugie pour une nuit de plus dans les draps rudes des rochers de la terre, dans ses rides arides, dans ses rus asséchés, car la terre s’émeut autant que le ciel autant que rien, la terre ne s’émeut pas, pas plus que vous, pas plus que l’immense et éternelle indifférence de toute les espèces.

 

Seule au bord du gouffre, aspirée par les souffles des pentes, tomber dans la nuit c’est le mieux, on ne voit rien arriver, on ne sent pas ce que nos yeux ignorent, ou alors c’est plus doux, tomber parmi les plans des montagnes croisées, les plans croisés pour la dernière fois, tomber c’est une merveille, après tous ces sourires qui donnent sur le vide, tous ces croisements imperméables et ces douleurs isolées, qu’ai-je pu faire moi ? Qu’ai-je pu, pour éviter le vide, lorsque d’autres bien plus seuls ne croyaient plus, bien avant, à rien.

 

Tomber facilement, même avec un grand cri, même silencieusement, puisque demain est encore une probabilité.

 

 

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Published by Bojoy - dans Textes
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Texte Libre

n’ayez pas l’air de rien, n’ayez l’air de personne

ayez l’air de comprendre plutôt que l’air de contester

surtout n’allez pas contre le plus grand nombre

car bien que ficelé, le troupeau se divise en de multiples miroirs

et son identité de groupe n’est pas son bruit de couloir

son téléphone arabe n’est pas un son de cloche

surfez dans les images toutes faites et le mélange de genres

soyez massepain, confiture,

yaourt grec

que votre sucre s’allège que votre volonté soit faite

pour plaire à tout le monde il y a trop de monde

le monde est bien trop vaste

dans le plus petit village les voisins se connaissent-ils

se dévisagent-ils, qui les étrangers de la porte à côté,

se détestent-ils, qui les mutants les bien intentionnés,

vouloir se regrouper, certes, faire une société,

se la représenter matin midi et soir, croire, et puis

passer à côté

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